La deuxième vague de projets

CH 12

INDEX

Ch.13 Pyla-sur-Mer, ce n’est plus…
comme avant !

Premier tome : La ville sous les pins, origines et développement
Un livre de Raphaël Vialard (publication limitée – commande par souscription)
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La guerre et l’après guerre

CH 14

Ch.13 Pyla-sur-Mer, ce n’est plus…
comme avant !

Premier tome : La ville sous les pins, origines et développement
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 DÉFENSE MILITAIRE DU PYLA 

Premières fortifications

 Fort Cantin

En 1744, on projette d’établir des corps de garde et des poudrières sur les côtes d’Arcachon.

Ce fort Unité de mesure en vigueur avant l’adoption du système métrique, valant six pieds, soit un peu moins de deux mètres. 100 toises font environ 200 mètres ; lors des séances des 5 et 19 février 1806 de la Société d’Agriculture de la Seine, il est rapporté que le Fort Cantin, construit en 1754 à 2 000 mètres de la mer : nous avons du mal à l’imaginer… D’autres récits évoquent seulement 200 mètres. Il se situait approximativement à hauteur de l’allée des Canaris. n’est construit qu’en 1754, pendant les escarmouches avec l’Angleterre (guerre de Sept ans), un peu au sud de Moulleau, à plus de 100 toises du rivage, sur une butte de sable dans laquelle on fixe des pièces de bois, et où on établit des retranchements.

Si nous consultons la carte de Cassini (présentée au chapitre Pilat) on voit, à l’entrée de la Passe du sud, une anse dite « Petit Bassin du Pilat » ; à l’orifice du goulet de ce petit bassin figure une balise et, plus au nord, près de la rive, un petit fort appelé Fort Cantin, en face de l’île de Matoc.

Quelques détachements de gardes-côtes y sont envoyés en 1767.

Le 15 décembre 1778, une ordonnance royale y installe cent cinquante canonniers garde-côtes, après que des corsaires anglais eurent coulé vingt-trois bateaux boïens.

Pierre Taffard de la Ruade a eu l’honneur de servir sous sa Majesté Louis Seise d’honnorable mémoire en qualité de lieutenant de canonniers, de commandant de la Batterie du Fort Cantin (et ensuite de la Roquette) Courrier adressé par Pierre Taffard de la Ruade à son Altesse Royale Monseigneur le duc d’Angoulême, à Bordeaux en 1814..

Les tempêtes, la mer et les sables ont raison des constructions ; s’inspirant des mésaventures des trois petits cochons, les constructions en bois sont refaites en maçonnerie et en briques en 1779.

En 1781, ce fort est commandé par le sieur Taffard de la Ruade, lieutenant garde-côtes.

En 1783, des ordres sont donnés pour le désarmement de cette batterie Histoire militaire du Pays de Buch, André Rebsomen, Actes du 80e Congrès des sociétés savantes, Lille, 1955..

En 1800, Fleury, de La-Teste, signale que, sous l’effet de l’avancement des sables du nord, le banc de Matoc s’aplatit journellement et s’allonge dans le bassin en se portant toujours vers la terre du Sud ; que les courants poussés par la Pointe du Cap Ferret attaquent les semis et qu’en deux ou trois ans il a été perdu 60 mètres de largeur de terrain sur une longueur de 600 mètres.

En 1806, le fort est absolument enseveli sous les eaux Rapport sur les Mémoires de Brémontier, MM. Gillet-Laumond, Tessier et Chassiron, Société d’Agriculture de la Seine, 5 et 19 février 1806..

 La Roquette

Littré nous dit que le nom de « Roquette » était jadis donné à de petites forteresses.

Le 2 juin 1792, ordre est donné par M. de Gestas Charles Sébastien Hubert de Gestas de Lespéroux, condamné à mort le 9 nivôse an II par la commission militaire de Bordeaux ; exécuté le lendemain (28 décembre 1793). Annales de la Terreur à Bordeaux : le général Gestas, Aurélien Vivie, 1867. maréchal de camp, commandant la 11e division, de construire une batterie, de 6 pièces de canon de 24 et d’un mortier en bronze montés sur des affûts de côtes, à l’entrée de la passe du Sud : La Roquette se trouve être vis-à-vis l’île de Matoc, en ligne à peu près directe d’une maison de garde appartenant à M. de Ruat, et une pointe de pignadar entre deux Dossier : Les Passes du Bassin d’Arcachon dans les archives de Vincennes, Bulletin n° 93 SHAAPB..

La batterie en bois doit aussi comprendre des magasins, mâts de signaux, baraque pour loger dix-huit artilleurs gardes-côtes, canonniers invalides La création des compagnies de canonniers invalides remonte à une date très ancienne : quatre furent formées le 21 mars 1756, à l’époque de l’établissement de l’hôtel royal des Invalides, sous la dénomination de canonniers invalides détachés, et quatre autres le furent postérieurement par édit du 21 mai 1766. Elles ont été organisées par les mêmes lois et ordonnances que les autres compagnies de vétérans, quoique toujours distinctes..

La municipalité de La-Teste fournit gratuitement des pins pour la construction de ce fortin (on trouve, à proximité des ouvrages, tous les bois qui sont nécessaires). On mit en adjudication les fournitures de bois de chêne et d’arbousier, et celles de chandelles (18 livres, 8 à la livre).

Les travaux sont exécutés rapidement sous les ordres du lieutenant-colonel du génie Bazignan Est-ce Joseph-Henri Menaud de Bazignan, né le 15 février 1740 à Francescas (Lot-et-Garonne) ? Celui-ci entra au service le 1er janvier 1759 en qualité d’élève-aspirant du Génie, fut admis comme lieutenant en second à l’École de Mézières le 1er janvier 1762, et en sortit le 1er janvier 1765 avec le grade d’ingénieur ordinaire (lieutenant en premier). Capitaine le 15 août 1773, il fut successivement employé dans diverses places du royaume ; il obtint le 4 décembre1792 le grade de lieutenant-colonel et le 15 messidor an III celui de chef de brigade directeur des fortifications..

Les constructions terminées, une batterie de six pièces de 24 fut mise sous la garde de quinze hommes commandés par Taffard de la Ruade. Ces pièces pouvaient être chargées à boulets rouges, la batterie disposant à cet effet d’une grille spéciale sur laquelle les projectiles, à l’aide d’une soufflerie, étaient portés à une haute température et pouvaient être tirés incandescents sur les navires dans le but de les incendier La défense de nos côtes sous la Révolution et l’Empire, C. Landreau, n° 19 de la Revue historique du Pays de Buch, 1933..

Ce procédé, qualifié par l’amiral Nelson de diabolique, était en réalité moins diabolique que puéril.

 

En cette année 1792, à la suite d’une pétition des habitants de La-Teste demandant qu’on emploie au plus tôt le crédit de 6 000 livres ouvert par le Conseil général du département et d’un rapport dans ce sens de l’ingénieur en chef en date du 16 août, les travaux d’ensemencement sont autorisés par un arrêté du Conseil général du 20 septembre, signé Pal Buhan Se Gal, et sont repris le 15 octobre. Ils ont pour but de mettre à l’abri de l’ensablement la batterie qui vient d’être établie, sous la direction du capitaine d’artillerie Basignan (ou Bazignan ?), pour défendre l’entrée du bassin d’Arcachon en ensemençant les dunes voisines, notamment une partie de celle de la Roquette.

Le 9 octobre, sur demande pressante de Peyjehan, le Conseil général augmente les salaires des ouvriers, puis, le 20 février 1793, les élève encore et les porte à 30 sous pour les hommes, à 18 sous pour les femmes. Peyjehan, en attente d’être payé, suspend les travaux d’ensemencement le 5 mars 1793. Il est alors remplacé par Desgons qui, faute de fonds, arrête à nouveau les travaux le 6 juillet 1793 Histoire des dunes maritimes de la Gascogne, Archives Dejean, Pierre Buffault, 1942..

Au début, le séjour ne fut ni sûr ni agréable : l’approvisionnement s’y faisait mal, les armes manquaient. Peu après une forte tempête abîma les constructions : on dut les réparer. Peyjehan, qui disposait d’une certaine aisance, dut avancer les fonds et exercer la surveillance nécessaire pour réparer le fort D’après L’Avenir d’Arcachon du 26 octobre 1934..

À cette époque une descente des Anglais sur la côte du pays de Buch devenait chaque jour plus probable.

En janvier 1793, le salut de la République, était, disait-on, entièrement lié au service des vigies. « Ce n’est que par lui, affirmait-on, que les enfants de la Liberté peuvent être avertis des projets désastreux des tyrans coalisés et des points où ils doivent se porter pour en purger la terre. »

Le 1er février 1793, la Convention déclare la guerre à l’Angleterre.

Il y a 55 gardes-vigies entre la Gironde et l’embouchure de l’Adour, dont 5 à proximité de La-Teste : à la pointe du sud, à l’Île aux Oiseaux, à la pointe de Bernet, à la pointe de l’Aiguillon, et à la Roquette ; il n’est plus question du Fort Cantin, désaffecté.

Chaque mât de vigie est gardé par deux hommes armés de fusils à baïonnette et 4 coups à tirer chacun.

Mais ce service de garde des vigies est désagréable et pénible ; on trouve difficilement des hommes pour le remplir.

On s’aperçoit assez vite que le service des vigies se néglige progressivement et qu’on ne peut plus compter sur la vigilance des gardiens de vigie, les gardes nationaux manquant de zèle et de régularité Le Captalat de Buch pendant la Révolution française (1789-1804), D. Petit, vicaire de N.D. d’Arcachon, 1909. : la petite garnison de la batterie est composée de canonniers vétérans et de volontaires et aussi de gardes nationaux qui se relaient car le service de la batterie ne devait pas être interrompu un instant.

Le procureur de la commune de La-Teste constate que la batterie de la Roquette n’est pas suffisamment gardée par le détachement des troupes qui s’y trouvent. On peut craindre l’irruption des ennemis à la faveur d’un débarquement. Ce point de la côte est très important à maintenir pour la sécurité des départements de la Gironde et des Landes.

Le 18 février 1793, un arrêté prévoit un envoi d’hommes de La Teste-de-Buch pour défendre la batterie de la Roquette : on renforce en conséquence la garnison de la batterie qui est portée à cent-cinquante hommes. C’est une pierre d’attente, car il faudrait au moins deux cents hommes armés et disciplinés, dont cinquante canonniers avec un chef expérimenté.

Le 10 mars, une pétition Signée par 49 personnes et comportant les noms de 204 citoyens ne sachant pas signer. Histoire militaire du Pays de Buch, André Rebsomen, Actes du 80e Congrès des sociétés savantes, Lille, 1955. signée à Certes, est présentée au Directoire du département de la Gironde par les citoyens de huit communes du pays de Buch, composant le bataillon des Gardes nationales de la 2e section du canton de La-Teste. Nous avons appris, disent-ils dans ce document, que nos frères des communes de La-Teste, Gujan, et Le Teich, composant le bataillon des Gardes nationales de la 1ère section de ce canton, sont allés vous offrir leurs services pour la garde de la batterie de La Roquette et la défense de notre côte. Les pétitionnaires offrent de se dévouer à ce service très dur et pénible en pleine connaissance de cause.

Le 24 mars, réquisition du citoyen Mazade tendant à l’envoi d’une demi-compagnie de canonniers pour le service de la batterie de la Roquette établie
à la passe de la baie d’Arcachon
 Inventaire sommaire des archives municipales (de Bordeaux) période révolutionnaire 1789 – an VIII. Gaston Ducaunne`s-Duval.. Bordeaux envoie deux cents hommes, huit caisses de 8 400 cartouches à balles d’infanterie, un baril de 1 000 pierres à fusil, et un armement complet pour les pièces de 24.

Les soldats bordelais, dit la chronique de l’époque, seront des hommes redoutables contre l’ennemi de la patrie, et en même temps des hommes paisibles avec leurs concitoyens. Les Testerins rendront leur séjour aussi agréable que possible, leur exprimant des sentiments de paix, d’union et de fraternité. Ces braves amis seront chaleureusement accueillis à leur arrivée.

 L’alerte de Messanges

Le 5 mai 1793, la municipalité de La-Teste reçoit la lettre suivante des citoyens municipaux d’Ygos : Les Anglais sont entrés cette nuit sur nos côtes de Messanges Ygos et Messanges sont à 65 km et 55 km au sud de La-Teste., au nombre de 40 000.

Vous êtes invités à faire partir de suite tout le monde que vous pourrez de votre commune et de vous armer le mieux qu’il vous sera possible.

Faites le savoir de suite à toutes les municipalités voisines.

Cette lettre vient à travers les Landes par Labouheyre, Biscarrosse, Sanguinet avec le visa de chacune de ces municipalités.

La-Teste est également prévenue par Liposthey et Parentis.

Aussitôt La-Teste alerte Gujan. Les gardes nationaux de Gujan et du Teich se hâtent et arrivent à La-Teste armés de fourches, de haches et de quelques fusils de chasse en mauvais état.

Tous, dit le narrateur de cette aventure mémorable, tous étaient bien déterminés pour vaincre ou mourir, pour le maintien de la liberté et de l’égalité de la République une et indivisible, en chantant unanimement d’un chorus général, l’hymne glorieux des braves Marseillais. Plutôt la mort que la loi des tyrans!

Le Conseil général de La-Teste Chaque commune élit au scrutin de liste (d’où représentation de toute minorité) un Conseil général de la commune comprenant un tiers de Conseillers municipaux et deux tiers de « notables » choisis parmi les électeurs. Décret du 14 décembre 1789 décide donc de porter secours au département des Landes aussi complètement que possible.

Sur ces entrefaites, on annonce que sept à huit bâtiments armés en guerre manœuvrent comme pour entrer dans la rade sous pavillon blanc.

On ne veut pas s’effrayer du péril. Le courage, dit le narrateur, est la vertu de l’homme libre, du vrai républicain, et il n’y a point de courage là où il n’y a point de calme ou de sang-froid, à l’approche du péril.

Il faut délibérer avec une ferme sécurité, on pourra chercher à se procurer des fusils ; il y en a notamment chez des veuves et femmes de marins.

Tous les citoyens se réunissent avec un zèle qui fait présager le salut de la chose publique. On va fondre des balles de plomb. Si l’on reçoit des réfugiés des communes voisines, les boulangers vont fabriquer du pain en supplément.

La troupe bordelaise part, tambour battant, pour se rendre à la Batterie de la Roquette avec l’air de contentement qui caractérise les guerriers républicains, pour défendre la Batterie ou mourir en combattant. Tous manifestent la ferme résolution de repousser vigoureusement l’ennemi qui menace leur foyer.

Ils réclament des fusils pour ceux qui n’en ont pas, et de la poudre et des balles pour tous. Tous les citoyens sont prêts, ils n’attendent que le commandement pour marcher à l’ennemi. Tous les gens valides avec la Garde nationale, tambour battant et chantant la Marseillaise, partent pour la Batterie. Ceux qui ne peuvent faire le parcours restent dans la commune pour garder femmes et enfants.

Les Gardes nationales de Gujan et du Teich arrivent et ensuite partent pour la Batterie.

On a vu six à sept navires dans les passes. La Garde nationale de Salles arrive avec fusils de chasse, fourches, broches et faux emmanchées à l’envers. Ils sont accueillis à la républicaine. Le danger ne semblait pas être imminent ; et, vue la difficulté qu’on va avoir à nourrir tous ces hommes, on expédie des messages dans les communes pour leur demander de ne pas envoyer encore leur secours.

On porte, à la Batterie, 662 livres de pain et 251 livres de bœuf pour la nourriture des soldats. On signale deux corsaires ennemis sur nos parages qui poursuivent cinq ou six bâtiments français.

La Batterie tire trois coups de canon sur les corsaires qui gagnent le large et les six bâtiments français peuvent entrer librement dans le port de La-Teste.

La Garde nationale de Lugos arrive tambour battant et drapeau déployé.

Le 6 mai, le maire de La-Teste écrit, de la Batterie de la Roquette, une lettre au Conseil général de La-Teste annonçant que toutes les craintes que l’on avait de l’invasion de l’ennemi sur notre territoire sont dissipées ; nul danger ne menace et l’on peut faire retirer dans leurs foyers les citoyens qui se dévouaient à la défense du pays.

Le 7 mai, on constate que la côte n’est plus en danger, cependant on portera secours à nos frères de Messanges s’ils le réclament.

Toutes les troupes qui étaient venues à La-Teste seront congédiées et rendront les balles et la poudre qui leur ont été livrées. Nos braves défenseurs ont bien du mérite : champs, ateliers, commerce, tout avait été quitté. Ils ont fait à qui mieux mieux.

Il faut croire que cette fameuse alerte de Messanges avait fait grand bruit dans tout le pays, puisque le 7 mai le gros bourg de Cadillac envoie à La-Teste un messager spécial, chargé d’offrir un secours de 4 000 hommes.

Le 9 mai, c’est une députation de trois citoyens d’Illats qui vient au secours…

Toute cette agitation ne fut en somme que la preuve du patriotisme et du dévouement de nos populations du pays de Buch et de leur attentive vigilance.

Le 24 octobre 1793, un habitant d’Andernos vint annoncer l’apparition d’une escadre anglaise de 17 à 18 vaisseaux vis-à-vis d’Hourtin Bulletin n° 19 (année 1933) de la SHAAPB.. Nouvelle alerte : les troupes de La-Teste furent envoyées au Pilat, mais les navires annoncés ayant disparu, le calme revient.

Au mois d’octobre 1793, dit un rapport, on constate que les soldats de la batterie de la Roquette n’ont que des fusils de chasse, et encore très mauvais. Ils ne sont pas habillés, continue le rapporteur, et l’on sait que l’uniforme sert à exciter en général, parmi les troupes de la République, cette émulation qui caractérise le guerrier, le défenseur intrépide. Il rend toujours présent à son esprit les couleurs tricolores qu’il a juré de défendre jusqu’à la mort. Il l’attache davantage à la discipline, au bon ordre et à la bonne tenue.

C’est surtout sur le sans-culotte de la campagne de nos contrées, accoutumé à se voir couvert de toile et de peaux de mouton, que l’habit uniforme opère ce succès heureux et ranime son ardeur pour le soutenir et le défendre.

On observe aussi que la batterie pourrait être surprise par derrière : on installe donc de ce côté une petite redoute avec quatre canons de 12, plus un clayonnage contre l’invasion continuelle des sables, car ce sont eux les principaux envahisseurs !

Si l’ennemi veut entrer dans le département de la Gironde et venir à Bordeaux, on doit croire qu’il tentera d’entrer par La-Teste. Ce point de la république doit être soigneusement gardé Histoire militaire du Pays de Buch, André Rebsomen, Actes du 80e Congrès des sociétés savantes, Lille, 1955..

La commune est requise de faire porter de suite un canon à Lisle de Lateste et un second au cap Bernet, tous deux au pied des deux vigies désignées.

Plus un globe au cap Bernet, 1 à la pointe de l’Eguillon, 1 dans Lisle, 1 au Pilla, 1 à la Roquette. Ce qui fait en tout cinq globes. Plus me procurer un homme demain matin à 6 heures avec un cheval pour le transport des flames et des pavillons aux vigies. Salut et fraternité.

À Lateste, le 21 brumaire de l’an 2 (11 novembre 1793) de la répub. française.

Signé Corcelle adjoint AD gironde 4L265. Le globe est un terme d’artificier : Globe fumant, artifice qui brûle avec une fumée épaisse et suffocante, selon Littré.

Au mois de novembre 1793, à la petite garnison, on ajoute une escouade de trente cavaliers gardes-côtes destinés à surveiller la côte et porter messages ou renseignements.

On se plaint que les hommes manquent de bas, de souliers, de capotes.

À l’entrée de l’hiver ils devraient recevoir l’équipement que la loi leur assure.

En avril 1794, la commune de La-Teste est déclarée officiellement place forte et port maritime.

Le 29 prairial an II (17 juin 1794), le bruit court que les Anglais veulent faire une descente du côté de la baie d’Arcachon ; Garrau est aux environs et prendra les mesures nécessaires pour tromper leurs espérances Archives nationales AF II, 263..

Au mois de juillet, des réparations importantes sont faites à la batterie, les sables continuant à l’envahir.

Le régime de la Terreur jette le peuple dans la misère. Les pauvres attendent vainement le partage des biens des nobles ou du clergé ; en outre, tandis que le père quitte son foyer pour aller monter la garde au fort de la Roquette, le fils bataille contre les Anglais sur un navire de l’État, et les animaux des parcs ou de la forêt servent à nourrir les troupes. Pendant ce temps, la femme, restée seule au foyer avec ses enfants en bas âge, acquitte un total de contributions inconnu sous l’Ancien Régime.

Le poste de commandant de la Roquette est supprimé et l’effectif des troupes sensiblement réduit.

Mais bientôt, en 1795, on regrette trop d’empressement dans la réforme.

La mer n’est pas sûre, des flottilles ennemies donnent la chasse aux barques de la région…

D’autre part, des bandes de brigands parcourent la campagne en menaçant les propriétés et même les personnes.

Pour remédier à ces divers maux, le Conseil municipal de La-Teste désigne un commandant à la Roquette et forme une colonne mobile de gardes nationaux.

En mai 1795, on décide qu’en cas d’alarme, la batterie de la Roquette tirera quatre coups de canon ; on enverra aussitôt une ordonnance pour prévenir le commandant de place à La-Teste. La générale sera battue, les citoyens prendront les armes avec la troupe ; on ira chercher les drapeaux, la compagnie d’artillerie se rassemblera, on préviendra les communes voisines Gujan, Le Teich. Seize bouviers de La-Teste et des environs porteront des munitions à la batterie de la Roquette.

Le rendez-vous général sera à La-Teste « près du temple de l’Être Suprême » (ancienne église paroissiale).

 L’Andromaque

Une voie d’eau considérable ayant forcé le capitaine Dominique Morel à quitter une division dont il faisait partie et qui était en croisière dans le golfe de Gascogne, cet officier se dirige sur Rochefort. Il n’est plus qu’à quelques milles de ce port lorsque, le 30 août 1796, il est chassé par la frégate HMS Galatea appartenant à la division du commodore anglais sir John Borlase Warren et l’Andromaque est obligée de courir au sud pour chercher une autre relâche.

Bientôt il a la certitude de ne pouvoir atteindre un abri avant d’être joint. Il prend alors un parti extrême : il jette l’artillerie à la mer et met l’Andromaque à la côte, dans le département de la Gironde, à quelques encablures de Biscarosse. Dès qu’elle est échouée, il fait couper la mâture.

La frégate, ainsi allégée, approche très près de terre. L’équipage peut gagner le rivage, à l’exception d’une vingtaine d’hommes – dont Mathieu Brizard La violence et la mer dans l’espace atlantique: XIIe-XIXe siècle, Mathias Tranchant, 2015. – qui trouvent la mort dans les flots Une autre version raconte que la frégate est obligée de se rendre à cinq vaisseaux. Les Anglais ne veulent faire d’autres prisonniers que le capitaine et deux officiers, déclarant qu’ils congédient l’équipage ; mais à peine les matelots français se sont-ils éloignés dans leurs embarcations, que les ennemis tirent sur eux à mitraille et massacrent ces malheureux jusqu’au dernier. Les marins français depuis les Gaulois jusqu’à nos jours : récits anecdotiques, combats et batailles, biographies, etc., Dick de Lonlay, 1886. D’autres encore soutiennent que Sir Richard-Godwin Keats (1757-1834) la brûla à l’embouchure de la Gironde. Dictionnaire encyclopédique d’histoire, de biographie, de mythologie et de géographie..., Louis Grégoire, 1874..

Le capitaine Morel, par une sévérité de principes difficile à expliquer, reste à bord avec deux officiers et deux marins qui ne veulent pas le quitter. Ils sont tous les cinq faits prisonniers par des canots anglais détachés pour incendier l’Andromaque Batailles navales de la France, Onésime Joachim Troude, 1868..

 Nouveau commandement de la Roquette

Joseph Durieux indique que le conventionnel Pierre Jacques Chalès (1753-1826), l’un des députés les plus acharnés contre les Girondins, fut nommé sous le Directoire « commandant temporaire de La Teste-de-Buch et de la batterie de la Roquette » Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, janvier- février 1913..

Pour l’abbé Petit, le Conseil de La-Teste rétablit le titre de commandant de la Roquette en faveur de Meynier le 14 brumaire an V (4 nov. 1796) Le Captalat de Buch pendant la Révolution française, p. 135. .

Suite à l’envahissement des sables, en 1796 et en 1797, la batterie est en très mauvais état et son épaulement s’écroule ; la plate-forme est hors de service.

Vers 1797, les Anglais croisent dans nos parages et pillent les barques et les côtes.

D’après un rapport, le courage des défenseurs fut à la hauteur de tous les dangers.

Après une mobilisation de cinquante hommes de la place, l’officier en retraite Pontac vole au secours de la Roquette inquiétée par l’apparition d’une frégate anglaise. Voici en quels termes patriotiques il rend compte de sa mission : Nous prîmes les mesures nécessaires pour repousser cet infâme ennemi, s’il avait tenté aucune hostilité sur notre sol.

Autant il en aurait paru sur la terre de la Liberté, autant le soleil qui l’éclaire les aurait vus mordre la poussière. Les Républicains ne savent que vaincre et toujours complètement.

  • Le 8 mai 1798, Pierre Fouet, garde-magasin et commandant de la Roquette – et futur douanier – crut reconnaître une frégate anglaise dans le bâtiment qui venait « de s’affaler sous le vent en face » de la batterie. Il s’agissait en fait d’une frégate de la République, La Franchise, capitaine Guillotin.
  • En 1798, il n’y a plus de navires anglais aux passes, plus de barques pillées ; la sécurité est revenue et, avec elle, la quiétude des habitants. Aussi laisse-t-on la batterie de la Roquette se dégrader peu à peu, et en septembre 1799 la violence de la mer détruit les pilotis qui soutiennent la dune sur laquelle cette batterie est assise, et emporte presque toute la palissade d’enceinte.
  • En 1801 et 1802, la poudre de la batterie sert aux salves d’artillerie des fêtes du 14 juillet.
  • Le 8 janvier 1802, une lettre du ministre Berthier ordonne la démolition de la Roquette et la vente de ses divers matériaux.
  • Les autorités se sont trop pressées… Les guerres de Napoléon avec l’Angleterre ramènent en effet des frégates ennemies dans le golfe de Gascogne et l’on est obligé, en 1803, de réparer la batterie et d’y installer un détachement avec un commandant et vingt canonniers fournis par les communes bordant le bassin.
  • En 1804, Bonaparte fait établir le parc d’artillerie de La Roquette, avec des canons en face de la double passe du Ferret et de Matoc.

Les mois suivants s’écoulent sans incidents notables jusqu’au 4 janvier 1807, les Anglais faisant une descente au Pilat. À la nouvelle de cette invasion, le maire de La-Teste réunit la garde nationale en toute hâte et la dirige à marche forcée vers le point menacé. Elle arrive à 2 heures de relevée : trop tard ! Déjà les ennemis regagnent le large, chargés de butin, après avoir commis de nombreux méfaits. Ne rencontrant aucune résistance sérieuse, ils ont pillé les magasins de la batterie, encloué quatre grosses pièces, incendié le corps de garde et mis le feu aux poudres.

De la batterie, il ne reste plus que des décombres fumants sur une plateforme défoncée et des canons détériorés ou ensablés au bas de la dune.

Sur la plage, les magistrats municipaux, accourus pour constater les désastres, aperçoivent un soldat armé et revêtu de l’uniforme anglais. Ils le font saisir et l’interrogent sur place. L’inconnu donne d’étonnants renseignements. Il déclare tout d’abord qu’il est Français, originaire de Barsac. Il y avait bien des années, il s’était engagé sur un navire anglais pour gagner sa vie. Il avoue avoir fait partie du détachement ennemi qui a incendié le fort. Mais profitant de la hâte des vainqueurs à se rembarquer, il s’est enfui dans la forêt avec l’intention de regagner son pays natal.

Le matin même, dit-il, une frégate anglaise, forte de 50 canons, 30 hommes d’équipage et 300 hommes de garnison, et une galiote Dans la Royale, la galiote (à bombes) désigne un type de navire de guerre, dérivé de la galiote du commerce, portant un ou plusieurs mortiers et destiné au bombardement de villes côtières., avaient mouillé en face du cap Ferret. Puis à la marée montante la galiote était entrée dans les passes du bassin pour jeter sur la plage 110 hommes et 3 officiers.

La consigne donnée par le capitaine, lord Crokel, portait la destruction de la batterie de la Roquette, comme on l’avait fait pour plusieurs autres forts du côté des Sables.

Ce matelot n’eut pas besoin d’ajouter que les ordres avaient été fidèlement exécutés. La batterie en ruine n’était plus en état de nuire.

La nouvelle de ce désastre jeta la consternation et l’effroi à La-Teste.

Tant de mobilisations, de dépenses de temps et d’argent aboutissaient donc à ce résultat !

Et la frégate anglaise continuait ses ravages à l’entrée des passes.

En prévision d’une seconde agression, il fut décidé que vingt gardes nationaux resteraient à la Roquette et que quatre batteries seraient construites à Bernet, à Moulleau, au Pilat (le poste du Pilat est sur une petite éminence gazonnée construite sur le rivage, et pourvue de cinq canons tournés vers la mer) et au cap Ferret.

Dès ce jour les régiments vinrent occuper, à ces différents endroits, des bâtiments rudimentaires élevés à cet effet.

En 1809, la petite garnison de la Roquette est composée d’un officier et de soldats polonais Le Duché de Varsovie a apporté des renforts aux troupes napoléoniennes après le traité de Tilsit de juillet 1807. ; logés chez l’habitant, ils ont quelques difficultés à se faire comprendre dans leur langue étrangère.

En 1811, on note encore la présence de Polonais ; la garnison de La-Teste est même commandée par le capitaine polonais Czerminski.

En 1812, Jean-Florimond Boudon de Saint-Amans Jean Florimond Boudon de Saint-Amans est né à Agen le 24 juin 1748 d’une famille de la vieille noblesse agenaise dont le nom est connu depuis le XVe siècle. nous conte son séjour de 12 jours à La-Teste Ce séjour remonte peut-être à la Pentecôte 1797, le 4 juin, date à laquelle Jean Florimond Boudon de Saint-Amans est venu herboriser avec son ami Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent (1778-1846). ; séjour durant lequel Meynier, de La-Teste, l’a conduit en bateau à La Roquette : la batterie construite en bois est maintenant hors de service. Trois ou quatre pièces de campagne, qu’on peut transporter avec leurs affûts sur les points voisins, remplacent cette batterie, qui n’est plus là que pour la représentation. Quelques magasins, quelques mats élevés pour les signaux, une baraque en planches pour loger le détachement d’artillerie des gardes-côtes, forment seuls un petit hameau où s’arrêtent tes yeux sur cette plage ingrate et déserte. [… ] Nous occupâmes à l’extrémité de la baraque, le réduit nommé la chambre de l’officier, où nous passâmes la nuit, ayant le plancher pour lit, et nos manteaux pour couvertures. Le lendemain, nous bûmes du lait excellent, que les pâturages voisins rendent sucré d’une manière remarquable. Meynier, capitaine d’artillerie des gardes-côtes, fit tirer une volée à ricochet de ses pièces de campagne qui portèrent jusqu’au cap Ferret ; et nous partîmes Voyage agricole, botanique et pittoresque dans une partie des landes de Lot-et-Garonne et de celles de la Gironde, Jean-Florimond Boudon de Saint-Amans, 1812..

Réparée, la batterie est armée, en 1814, de six canons et desservie par un détachement du 66e régiment et de dix canonniers gardes-côtes.

La Roquette fut de nouveau volontairement incendiée, le 2 août 1814, vraisemblablement par des réfractaires et, d’après André Rebsomen, c’est un kilomètre plus au nord qu’un nouveau fort sera construit sous le nom de « Batterie du sud » Bulletin de la SHAAPB, n° 61, p.41 à 46. en raison de la mobilité des sables et des variations du rivage. Histoire militaire du Pays de Buch, André Rebsomen, Actes du 80e Congrès des sociétés savantes, Lille, 1955.

Jusqu’à la paix de 1815, l’histoire de la Roquette est assez monotone et semble être plutôt une lutte contre les sables que contre les Anglais ; à ce moment, le rivage gagne sur la mer de près de 200 mètres.

En 1815, il reste douze canons de siège, deux mortiers en bronze, près de 800 boulets pleins, 50 bombes et 20 boites de mitraille. Un caporal et quatre hommes y demeurent, abrités dans une baraque en planches.

En 1816, Bory de Saint-Vincent, géographe et naturaliste, qui visite alors la côte du pays de Buch, trouve une batterie démolie, et les canons ensablés.

Ce fut seulement en juin 1854 qu’eut lieu la suppression définitive des deux batteries, de la Roquette et du cap Ferret.

Il ne reste plus de la Roquette que les souvenirs d’un passé témoignant plus de la bonne volonté des Testerins que de leur génie militaire Guide d’Arcachon, M. de Gabory, 1896..

 Le Mur de l’Atlantique

Il en va pareillement, je pense, du couteau, ou solen, un mollusque bivalve blanc grisé, jaune ou brun, qui a la forme curieuse d’un rectangle très allongé et qui est commun sur certaines plages atlantiques ou méditerranéennes. Sauté dans un peu d’huile avec une pointe d’ail et du persil, ou bien grillé, c’est l’un des mets les plus délicieux qui puissent venir sur une table. J’ai mangé pour la première fois des solens pendant l’été de 1939, après les avoir défouis en creusant vigoureusement le sable où leur présence était signalée par un double orifice, sur un banc qui faisait comme un îlot à basse mer, devant la Dune du Pilat, à l’entrée de l’étang d’Arcachon, et quand je débarquai avec mes coquillages ce fut pour m’entendre dire que la guerre avait été déclarée. Ainsi les catastrophes universelles sont liées assez souvent dans la mémoire avec le souvenir de menues découvertes botaniques, zoologiques, gastronomiques, qui sans avoir eu grande importance pourtant ne céderont jamais le pas aux premières. Et le sens historique (que je ne suis pas très sûr de posséder) est nourri de ces petites choses Le Belvédère, Pieyre de Mandiargues,1958..

Destinées à un projet d’une envergure colossale, nous voyons aujourd’hui les fortifications du Mur de l’Atlantique dispersées. Ce rempart, au rôle dissuasif, devait prémunir l’Allemagne de la constitution d’un second front à l’ouest alors qu’elle poursuivait son invasion de l’URSS.

D’importants ouvrages débutent à l’automne 1940 dans les villes de Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Pallice et Bordeaux, puis sur les côtes de la Manche en octobre 1941. La priorité est la défense des bases sous-marines destinées à entreprendre le blocus maritime de l’Angleterre, puis des grands ports de la côte Atlantique ; la défense des plages étant restée secondaire.

Hitler, le 23 mars 1942, par sa directive intitulée « Kustenverteidigung » Directive N° 40 (Die Weisung Nr. 40). (défenses côtières) donne naissance au Mur de l’Atlantique « Der Atlantikwall » qui s’étendra du nord de la Norvège jusqu’au Pays basque.

Il s’agit en réalité d’une succession de points d’appui dispersés, plus ou moins bien armés selon l’importance stratégique du site concerné.

Les grands ports sont plus spécialement fortifiés ; ailleurs, le système s’avère plus ténu.

Contrairement à l’image qu’entend répandre la propagande allemande, le « Mur » n’est pas un obstacle continu.

Schématiquement, il se compose de quatre ensembles : les forteresses, les batteries d’artillerie côtières, les ouvrages de défense rapprochée des plages, et les obstacles dressés sur les plages elles-mêmes ou dans l’arrière-pays.

Relevant du camouflage, de l’enfouissement, ces ouvrages ne possèdent pas, à priori, les attributs habituels de la monumentalité À l’exception de quelques ouvrages, tel le blockhaus d’Eperlecques, le plus gros blockhaus du nord de la France, construit de 1943 à 1944 pour servir de base de lancement aux missiles V2 visant Londres et le Sud de l’Angleterre (classé Monument Historique depuis 1985)..

Comme toutes fortifications, le blockhaus est entouré d’un espace libre plus ou moins étendu, dû à la protection, au dégagement des perspectives, aux distances de sécurité. Cet isolement est renforcé le plus souvent par une implantation dans des zones sans construction, et face à la mer.

Le blockhaus, accroché au front de mer, regarde l’horizon marin, tout comme le promeneur.

C’est un organe de l’État nazi, l’Organisation Todt L’organisation Todt, fondée en tant que telle en 1938, est un organisme du génie civil œuvrant au service du Troisième Reich dans l’ensemble des territoires occupés pendant la Seconde Guerre mondiale. Todt provient du nom de l’ingénieur et politicien allemand qui en était responsable, Fritz Todt, membre du parti nazi, décédé dans un accident d’avion en février 1942. Avant la Seconde Guerre mondiale de 1933 à 1938, Fritz Todt a mis au point, en tant qu’inspecteur général des routes allemandes, de très nombreux travaux d’infrastructure et d’équipement du territoire allemand, initiant les travaux des fameux réseaux d’autoroutes qui ont servi plus tard aux mouvements de troupes et de blindés. (O.T.), dépendant du ministère de l’Armement, qui coordonne les travaux de construction. À partir du printemps de 1942, l’O.T. mobilise les grandes entreprises privées de travaux publics et du bâtiment du Reich et des pays occupés ; cela fera la fortune des artisans locaux, y compris au Pyla !

Le recrutement de la main-d’œuvre est, à la fois, confié à l’O.T. et aux firmes. Alors que les entreprises multiplient les annonces dans les journaux, de son côté, l’O.T. obtient du gouvernement français l’autorisation de déclencher, en zone occupée comme en zone libre, une vaste campagne de propagande invitant les Français à aller travailler sur les chantiers du littoral. Axée sur les hauts salaires et les multiples primes (de séparation, de travail en zone dangereuse, d’intempéries…) dont pourra bénéficier l’engagé volontaire, cette campagne de racolage s’accompagne de la mise en place de trois cents Werbestellen (bureaux d’embauche) 0 http://postiglione.storage.polimi.it/ws2DA07AWbunker/AWreadings/AWresearch-politecnico/FRANCE.pdf.

La construction du Mur commence en août 1942 : pour des milliers de blockhaus, de 700 modèles différents, en deux ans, un million de tonnes d’acier, quinze millions de mètres-cube de bétons sont utilisés par des centaines de milliers de travailleurs forcés Prisonniers de guerre, Juifs, jeunes Français voulant échapper au STO, républicains espagnols réfugiés en France. en majorité étrangers.

Chacune des batteries principales est protégée par un périmètre défensif délimité par des champs de mines et un réseau de barbelés, comprenant des positions de mitrailleuses, de mortiers et de canons anti-aériens, reliées par des tranchées.

Placées à l’origine dans des cuves à l’air libre, les pièces d’artillerie se révèlent vulnérables lors des bombardements aériens alliés, en forte recrudescence à partir de 1943. Pour les protéger, Rommel ordonne de les placer sous d’épaisses casemates de béton.

Cette opération est loin d’être achevée au printemps 1944 et, par précaution, un certain nombre de canons sont discrètement enlevés de leurs emplacements pour être dissimulés à l’arrière.

Les bunkers de la « Ligne Siegfried Le terme de ligne Siegfried (appelée Westwall par les Allemands) se rapporte plus couramment à la ligne de défense construite entre 1938 et 1940 en face de la ligne Maginot. Adolf Hitler planifia cette ligne en 1936 sur les travaux de Fritz Todt et la fit construire.« , issus des casemates construites pendant la Première Guerre mondiale, servent de prototypes.

Les casemates sont structurées selon des méthodes strictes et apparaissent alors les règles de construction militaires, les « Regelbauten ». Tout y est notifié, tout est formalisé : fonction, type d’arme, résistance intrinsèque, emplacement, etc.

Aucune volonté esthétique n’est sous-jacente lors de l’élaboration des blockhaus, mais l’influence du Bauhaus paraît évidente. Sur le plan de l’efficacité, de la technologie, sur le plan des formes très simple, ces structures utilitaires dépouillées de tout ornement, demeurent une démonstration esthétique d’un archétype fonctionnel qui dégage une force profonde encore aujourd’hui Fabriquer des mémoires de guerres. Les traces du Mur de l’Atlantique dans le paysage, Mathilde Charée, 2015..

Chaque construction destinée à abriter du personnel possède une issue de secours. L’entrée est défendue par une meurtrière. Les locaux sont surpressés et le renouvellement d’air est assuré par un ou plusieurs ventilateurs fonctionnant à bras ou à l’électricité. Le chauffage est assuré par chauffage central (abris de commandement ou hôpitaux) ou poêle à bois (logement du personnel). Le couchage se fait sur deux ou trois étages de couchettes, rabattables pour optimiser l’espace disponible. En général, chaque unité est reliée à un central téléphonique.

Voici un exemple d’équipement, selon la nomenclature allemande :

  • La (ou les) entrée(s) sont défendues par des grilles réglementaires. Un marquage est présent au-dessus de l´entrée du blockhaus (« St » pour Stützpunkt / point d´appui lourd).
  • Le sas d´entrée à deux ouvertures flanquées par deux caponnières blindées, et deux portes blindées lourdes à deux vantaux avec guichet observateur (portes pare-souffle permettant de sortir même en cas de comblement partiel de l´entrée par des gravats). Le sas est doté de clapets de surpression et d´une bouche de ventilation.
  • Une porte intérieure étanche isole le sas d´entrée et l’espace de vie.
  • Les pièces de vie pour les hommes ; lorsqu’il y a deux pièces, elles sont dotées du même équipement à l´exception du central téléphonique.
  • Une dalle en béton au sol imite un carrelage pour donner une impression de « confort » aux « habitants ».
  • Une évacuation d’eau.
  • Une installation électrique et un éclairage conformes au standard en vigueur.
  • Un poêle (à bois et charbon) pour faire la cuisine et réchauffer les plats.
  • Un ventilateur pouvant fonctionner manuellement (deux manivelles) ou électriquement.
  • Des lits superposés avec châssis tubulaires (type de l´armée de terre), fixations au mur et crochets dans le plafond.
  • Une table et des tabourets pliants.
  • Un central téléphonique.
  • Du poste d´observation doté d´un orifice pour périscope de type SR 9 d’une longueur de 3,1 mètres isolée par une porte blindée à deux vantaux de type 434 P 01 avec guichet observateur. Une prise murale d’alimentation électrique, un boîtier pour l’antenne.

Conséquence de l’énorme besoin d’approvisionnement du front russe, l’armement moderne lui est prioritairement réservé. Quant au « Mur », la plupart des pièces d’artillerie utilisées sont obsolètes, datant de la première guerre mondiale. Elles proviennent de tous les pays occupés par la

Wehrmacht : France, Russie, Belgique, Pologne, Tchécoslovaquie, Hollande Les armes étrangères, appelées « Beute Waffen » (armes de prise) reçoivent un numéro de référence allemand suivi d’une lettre entre parenthèses, désignant le pays d’origine. b = Belgique ; d = Danemark ; e = Grande-Bretagne ; f = France ; h = Hollande ; j = Yougoslavie ; n = Norvège ; ö = Autriche ; p = Pologne ; r = Russie ; t = Tchécoslovaquie. Les munitions sont de fabrication allemande, ou proviennent de stocks « capturés » ou de fabriques étrangères sous contrôle allemand.

Cette étiquette (93mm de large et 45mm de haut), datée de 1943, provient d’un container isotherme contenant de la poudre en paillettes, destiné à une pièce d’artillerie type « 21cm Mörser 18 ». Le container a été récupéré par un habitant de La Teste-de-Buch avec beaucoup d’autres objets (lunette de visée, douille d’obus…) sur la batterie de Cazaux 6/H.A.A.1182 (au lieu-dit le Courneau), le jour de l’évacuation des Allemands en août 1944 Source : Philippe Jacques. http://ww2.skynetblogs.be/archives/2003/week49/index-2.html.

La côte est découpée en zones de protection,

  • « Bezifferungsbereich » <re< Armée – AOK 1: La 1re armée (secteur d’une longueur de 817 km) est commandée par le général Blaskowitz (QG à Bordeaux). Elle est composée de deux corps d’armée : 80 AK (L AK) – PC à Poitiers 86 AK (L VI AK) – PC à Dax En plus, la côte est divisée en zones codées « Bezifferungsbereich ». 1 KVA D / 158 RD (PC à Fontenay) – deux zones codées :
  • « Sa » Les Sables d’Olonne
  • « Ro » La Rochelle 1 KVA E1 / 708 ID (PC à Royan) – zone codée « Gi » – Gironde 1 KVA E2 / 159 RD (PC à Escource/Labouheyre) – deux zones codées :
  • « Ar » Arcachon
  • « Bo » Bordeaux 1 KVA F / 276 ID (PC à Cambo-les-Bains) – zone codée « Ba » – Bayonne. En fait la Section de la défense côtière 1 -E2 (KVA2 = Küsten-Verteidigungs-Abschnitt 1-E2) comprend le :
  • KVGr Bordeaux : Groupe de défense côtière Bordeaux
  • KVGr Lège : Groupe de défense côtière Lège (de Montalivet au Truc Vert)
  • StpGr Arcachon : Groupe points d’appui d’Arcachon (de la Bécassière à La-Teste)
  • KVGr Mimizan : Groupe de défense côtière Mimizan (de Biscarosse à Contis ; le Courant de Contis sépare les communes de Saint-Julien en Born et Lit-et-Mixe ; ce petit fleuve côtier débouche sur le littoral sableux)..

La défense du Bassin d’Arcachon s’inscrit dans un dispositif d’une soixantaine d’unités qui s’étend de Vendays-Montalivet (au nord d’Hourtin) dans le Médoc, jusqu’au courant de Contis (commune de Saint-Julien en Born) dans les Landes La zone Arcachon, codée Ar, se trouve entre Vendays-Montalivet et Contis. Au nord de Montalivet, se trouve la « Festung Gironde Mündung Süd » (Forteresse Gironde Rive Sud), codée Gi ; au sud de Contis, jusqu’à la Bidassoa, se trouve la zone Bayonne, codée « Ba »..

La zone du secteur d’Arcachon dépend du 1 KVA E2 / 159 RD 159ème Division de Réserve du Generalleutnant Mayer Rabingen. Source : Le point d’appui de la Dune du Pilat, Chazette, Magazine 39-45, 1980.. Son PC, aux ordres du général Albin Nake C’est lui qui empêchera la destruction du port de Bordeaux lors de la déroute allemande en 1944. Avant lui, Hermann Meyer-Rabingen, de septembre 1942 à juin 1944, et Axel Schmidt en juin 1944. (en juillet-août 1944), est situé à Escource, à proximité de Labouheyre ; il contrôle les « Bezifferungsbereich » Ar = Arcachon, et Bo = Bordeaux.

Le 251ème Régiment d’Infanterie stationne dans le secteur d’Arcachon et son bataillon 205 défend le Bassin ; son PC est à Gujan-Mestras.

Au cours de cette dramatique période, le Bassin Le Bassin peut permettre un débarquement amphibie et l’établissement d’un port en eaux profondes. comme toutes les régions susceptibles de faire l’objet d’un débarquement, voit donc surgir de terre un ensemble de fortifications édifiées ou réaménagées par les Allemands.

Le dispositif de défense du Bassin comprend trois positions de batterie couvrant l’entrée du bassin d’Arcachon et l’accès au port, deux stations de radiodétection (radar) et quatre positions sécurisant les plages avant et après le Bassin d’Arcachon.

Le 1er juillet 1944, dans la zone 28 (d’Hourtin à la Bidassoa) Appartient à la 1ère Armée (couvrant le territoire allant de l’embouchure de la Loire aux Pyrénées) dépendant de la IVe Région. 499 ouvrages sont achevés et 97 en cours de construction Fabriquer des mémoires de guerre, les traces du mur de l’Atlantique dans le paysage, Mathilse Charée, 2015..

Malgré plus de 70 ans qui nous séparent de sa construction, de très nombreux vestiges du Mur de l’Atlantique – plus ou moins bien conservés – sont encore visibles aujourd’hui le long des côtes françaises.

L’affluence quotidienne du public sur les lieux de la Seconde guerre mondiale, nous montre que le souvenir est un fondement culturel propre à notre identité. Même si ces ouvrages désarmés rappellent un passé douloureux : occupation, travail obligatoire et réquisitions, ils font partie de notre patrimoine.

Après une période de purgatoire, lié au souvenir trop frais de la guerre, certaines des fortifications sont entrées dans la sphère du tourisme.

C’est le cas à Pyla-sur-Mer.

 Secteur du Pyla

Témoignage de ce qui reste d’un rêve démesuré, ces « dolmens » qui parsèment le littoral, illustrent la force de la nature, capable de briser, de diluer, d’engloutir ces vestiges de béton. Certains mégalithes sont encore solidement implantés sur les dunes. Beaucoup son sujet à l’érosion ; ils commencent à glisser, roulent dans le sable, abandonnés aux jeux d’enfants, jusqu’à perdre pied en mer. Une fois immergés, ils disparaissent au profit de la faune sous-marine.

On peut imaginer que même si les blockhaus finissent submergés, le sentier des douaniers – ou le sentier virtuel que compte implanter l’O.N.F. – matérialisera leur absence par le biais d’une scénographie paysagère, qui oriente le regard vers ces vestiges fantômes.

 11, avenue Saint-Thomas d’Aquin

Cet ouvrage, de type Vf Wellblech (Série7c), possède un plafond vouté en tôles cintrées dites tôles-métro.

Il aurait servi de magasin à munitions, ou de salle de repos du guerrier, ou simplement d’abri M. Denis Chapotin..

Un couple passionné d’architecture y voit l’opportunité d’en faire sa résidence secondaire (90m² de surface habitable !).

Le projet est alors confié à l’architecte d’intérieur Céline Noyelle.
Le résultat est spectaculaire, l’austérité et la rigueur d’origine sont gommés au profit d’aménagements confortables et astucieux.

Surplombant la totalité de l’édifice, une vaste terrasse permet de profiter de l’extérieur.

 Les batteries d’artillerie côtières

Les territoires d’Arcachon, La-Teste et Gujan recelaient une centaine d’ouvrages bétonnés répartis sur les positions codées Ar 36 à Ar 51, et Ar 234.

L’entrée du Bassin est un des points les plus fortifiés de la côte Aquitaine ; elle est prise sous le feu de trois batteries principales placées judicieusement à la pointe du Cap Ferret (4 canons de 105 mm), sur la dune de Pissens (4 x 155 mm) et à hauteur de la maison forestière des Gaillouneys (6 x 152 mm) Bordeaux-Aquitaine 1940-1944. http://bordeaux3945.forumaquitaine.com/t141-itineraires-de-sortie-en-aquitaine. Distantes les unes des autres de plusieurs kilomètres, elles ont pour mission de tirer vers le large et de s’opposer à l’arrivée d’une flotte d’invasion.

À Pyla-sur-Mer, le Mur de l’Atlantique est composé, dès 1942, de batteries d’artilleries côtières, de postes de direction de tir, de bunkers, de nids de mitrailleuses, de tobrouk Le « Ringstand » puis « Tobrouk » (« Tobrukstände » ; il prend le nom de la ville éponyme à partir de 1942), ouvrage venant de Libye où Rommel et les Italiens se battaient contre les Anglais. C’est le plus petit ouvrage du Mur de l’Atlantique. On le retrouve partout sur nos côtes. Il se compose le plus souvent d’une cuve bétonnée enfouie dans le sol et munie en surface d’une ouverture circulaire – trou d’homme de 80 cm de diamètre – où peut prendre place un fantassin. de stations de surveillance et de champs de mines.

Aujourd’hui, trois ensembles remarquables sont conservés :

Le premier, dit « groupe de l’Éden », compte une quinzaine de bunkers avec meurtrières et chas pour périscopes.

Les deux autres constitués de l’ancienne station radar allemande des Anguillons Aujourd’hui désignée « Sabloneys ». – qui compte quant à elle une dizaine de structures – et de la batterie des Gaillouneys – composée d’une vingtaine de blockhaus – ont la particularité de gésir sous 20 à 25 m de fond suite au recul du trait de côte. Celui-ci a cédé à la mer plus de 150 mètres en à peine 70 ans.

À cela s’ajoutent quelques blockhaus isolés, les « Widerstandnester » (« nids de résistance »), implantés à proximité immédiate du littoral, sur les dunes.

Ce sont des ouvrages plus légers que les batteries côtières. Ils sont destinés à la défense rapprochée des plages contre les troupes d’assaut. Ils se composent en général d’une ou deux casemates équipées de canons de moyen calibre (50, 75 ou 88 mm) disposés de manière à prendre les grèves en enfilade, de tobrouk(s), de positions de mortiers, de mitrailleuses et de pièces antiaériennes, le tout étant relié par un réseau de tranchées www.normandiememoire.com/histoire.page.php?rubrique=mur – 10k.

 42 H Pyla-sur-Mer Batterie côtière de l’Éden

Le site de l’Éden, sur la dune de Pissens, au sud de la route traversière reliant le Pyla à La Teste-de-Buch et à la toucher, recèle la position Ar 42H, la plus importante du sud Bassin après celle des Gaillouneys que nous verrons plus loin.

Cette position est la quatrième batterie du 9ème bataillon d’artillerie de réserve (4/RAA 9 ; RAA = Reserve Artillerie Abteilung). Située sur un point culminant (51 m), elle comporte 25 ouvrages bétonnés et quelques aménagements défensifs légers.

Cette batterie armée de pièces de campagne était vraisemblablement destinée à effectuer des tirs de barrage sur l’entrée du Bassin et les plages du sud Service Historique de la Défense – Rochefort- cote 1W1851 à 1853..

Le premier bunker – de la série 500 – est édifié en août 1941, mais c’est en 1943 que tous les autres ouvrages – de la série 600 – seront élaborés suivant les règles de construction définies par les Regelbau.

D’après des témoignages, pas loin d’un millier de prisonniers ou travailleurs obligatoires ont dû fortifier le Pyla, devenu «
zone interdite ».

Les Allemands y étaient jeunes et en chemisette. « Ils ont dû jouer aux cartes », suppose un Arcachonnais, pour qui les soldats n’ont eu qu’à prier pour rester à la plage plutôt qu’être mutés sur le front russe.

La zone a été entièrement déboisée pour la construction des casemates et des baraquements.

Les casemates de tir ont un toit d’une épaisseur de 3 mètres, dont la moitié est en béton armé, 2 mètres d’épaisseur pour les murs, et le camouflage extérieur. Généralement, à chaque casemate de tir sont associés une soute à munitions, un casernement et un encuvement.

Ce point fortifié est constitué de :

– quatre bunkers Les trois derniers exemplaires terrestres de type 669 encore visibles dans le secteur Arcachon. de tir 669 (casemate pour canon de campagne avec vue de 60°), sans locaux annexes, avec canons Sur les 25 ouvrages bétonnés présents à l’origine, quatre ont été détruits, quatre sont conservés sur des parcelles urbanisées et les dix-sept autres sont localisés sur une parcelle boisée appartenant à une société immobilière. Il reste aujourd’hui trois positions de tir. placés stratégiquement pour défendre l’entrée du port.

Au sol, à l’intérieur du bunker, une rainure en arc de cercle permet de faire pivoter le canon afin de changer son azimut. L’embrasure étroite de ce type d’ouvrage limitait sensiblement la zone d’action des canons de campagne. En entrant dans l’ouvrage, on trouve d’un côté un local pour les munitions et de l’autre côté un local pour les hommes.

L’armement est composé de quatre pièces de 15,5 cm sFH 414 (f). Il s’agit d’obusiers français de la première guerre mondiale type 155 mm court Schneider modèle 1917.

Ces structures à créneau furent construites d’après le Regelbau (plan standardisé), utilisé par le génie de forteresse allemand à partir d’avril 1943. Les murs en béton armé d’une épaisseur de deux mètres étaient prévus avant tout pour protéger le canon-obusier.

Les 4 casemates sont axées au sud-ouest pour tenir sous leur feu les passes d’Arcachon mais chacune des casemates est reliée à une plateforme bétonnée où les pièces peuvent être traînées pour leur permettre des tirs tous azimuts.

– trois soutes à munition R 607. Dans la soute à munition, on trouve deux salles parallèles pour le stockage des obus d’un côté et les gargousses (les sacs de poudre) de l’autre.

– cinq casernements, R 502, 628 Il n’a été produit que 25 exemplaires de ce type de bunker sur tout le mur de l’Atlantique ; il est d’une conception particulière, possédant deux entrées en vis-à-vis accédant à un tunnel ; il y avait des problèmes pour la prise d’air frais, une prise se trouvant au-dessus de l’entrée et l’autre dans l’entrée. 656, 668, et un bunker enfoui en avant d’un bunker de tir.

une infirmerie, R 621. Il ne s’agit pas d’un type spécifique à cette activité mais un simple bunker de casernement aménagé à cet usage. Afin d’indiquer la fonction de l’ouvrage une croix rouge entourée d’un liseré blanc a été peinte à l’extrémité est du mur de façade. Le couloir d’accès a reçu deux couleurs successives il a d’abord été peint en ocre jaune avant d’être repeint en beige.

  • un bunker R 675 aménagé en R 646 comportant un abri avec puits attenant à une cuve à eau.
  • une cuisine, R 645 (abri cuisine) avec garage pour cuisine mobile ; ce bunker comporte un cellier annexe.
  • un poste de transmission R 617 avec caponnière,
  • un poste de commandement R 610 ; il abrite l’état-major. Deux officiers et une vingtaine d’hommes peuvent y être abrités. L’abri regroupe deux chambres de troupe, une salle de vie, une chambre pour officier et un local de transmissions (salle radio).
  • et deux « ringstand » isolés, pour mitrailleuse, appelés « tobrouk ».

Une piste en ciment pénètre en ligne droite au milieu de cet ensemble.

On peut lire à l’entrée de plusieurs blockhaus, peint au pochoir, que Prendre l’équipement et l’aménagement des armes est puni comme un sabotage !

L’intérêt majeur de l’infirmerie réside dans les dessins présents sur le haut du mur, en vis à vis de la porte. Malheureusement dégradée par des tags, cette fresque polychrome est composée de quatre musiciens qui semblent composer un « Jazz band » très américain.

 

La note humoristique est la présence de Mickey et du cochon au sein de cet ensemble, ce qui est sans doute une vision d’Épinal de la société américaine vue par des Allemands. Néanmoins une touche allemande transparaît dans ces dessins notamment dans l’utilisation d’un accordéon et dans les habits très stricts portés par le cochon.

Sur le mur contigu, au même niveau, il existe une inscription faite au crayon difficilement interprétable.

Au centre du mur suivant on trouve un autre dessin assez grand et réalisé au crayon. Il s’agit d’un cycliste percutant un poteau et qui est projeté en avant. Il porte une casquette et il est chaussé de sabots, il porte sur son dos un sac rempli d’où sortent des petites boules.

Il est vrai que ce dessin tranche très nettement avec la fresque précédente et on peut se poser la question de sa chronologie. Cependant le faciès du dessin ainsi que le type d’habillement du personnage ne semble pas lui conférer une date récente.

 

Les relevés des positions allemandes du mur de l’Atlantique réalisés par la Marine Nationale juste après la guerre signalent, à 250 mètres au sud-ouest de la position de l’Éden, sur un autre sommet de la dune (courbe de niveau de 60 m N.G.F.), une ligne de défense avancée constituée d’un ensemble de quatre plateformes de tirs, pour canons, probablement de 75, à l’arrière d’une grande tranchée longitudinale. Cet ensemble est terminé, au bout de la tranchée, par un poste de défense non bétonné constitué d’un trou entouré d’une élévation de sable assurant la protection du tireur.

Cet emplacement constitue la première période de la position Ar 42 déplacée par la suite à 250 mètres au nord-est.

Cette position a complètement disparu pour laisser place à des réservoirs d’eau. Seule une dépression de terrain au milieu des pins signale vraisemblablement l’emplacement du poste de défense.

À proximité de la position de l’Éden, des travaux de déboisement et la construction de plateformes apparaissent sur la crête de la dune, au nord du garde-feu du Juge.

M. Philippe Jacques suppose que c’est un leurre ou l’amorce de la construction d’une nouvelle batterie.

Le Moulleau, av. des Vendangeurs et de la Plage

La villa Iguskia, actuelle propriété de Mme Colette Avril, au 20 avenue des Vendangeurs, est réquisitionnée par les Allemands ; lors de la guerre , elle semble appartenir à M. Bert Au début du XXe siècle, pour exploiter le domaine du Château de Campéros, la maison Louis Bert a une activité diversifiée : l’usine distille l’alcool, fabrique des sirops, des vins rouges, des mousseux, et se charge de l’embouteillage. négociant à Barsac.

De type H 636 a, le poste de commandement des batteries de Pissens Ar 42, du Cap Ferret Ar 33 (hors de notre champ d’étude), et celle des Gaillouneys Ar 47, que nous verrons plus loin, est construit, en 1943, surplombant la plage ; sa fenêtre en longueur correspond à la vision humaine qui est plus large que haute : elle introduit plus de lumière, de ciel, et de paysages ; cette ouverture devient un moyen d’intégrer l’extérieur, au dedans de l’abri…

La dalle et la cuve télémétrique forment une légère saillie sur le sommet dunaire.

En plus de l’indication de l’appartenance à un bataillon ou à un régiment, certaines batteries, points d’appuis ou constructions reçoivent un nom ou un numéro d’identification pouvant être matérialisé par une plaque en béton à l’extérieur ou une inscription dans l’entrée, peinte au pochoir (exemple Ar 42a 01 1943 : Zone Arcachon, point d’appui n° 42a, construction n° 1, achevée en 1943).

La villa « Butte au vent » Le nom de M. Van Steenbrugghe figure sur les annuaires de 1963 et 1977. date de 1939 ; elle a été réquisitionnée par les Allemands. Côté rue (à cheval sur les terrains des 22 et 24 avenue de la Plage), un bunker de type 622 servait de logement pour deux groupes (20 hommes) SHD Rochefort..

La villa « Ermitage » au début de l’avenue de la Plage, camouflée par des peintures qui représentent des arbres, aurait servi de lupanar Témoignage du petit-fils de M. Bernard.

D’autre part, un canon est positionné dans l’angle « pylatais » de la propriété « Risque-Tout ».

Ce canon sera sectionné après la guerre par M. Olivari et enfoui sous la butte de sable que l’on aperçoit proche de la plage, à l’angle du terrain ; quant aux munitions, elles seront mises à l’abri…

Dans ce secteur, un tobrouk a été tronçonné… donnant lieu à une curieuse sculpture Le propriétaire ne souhaite pas révéler son adresse. !

 Ar 43 – Pyla sur Mer / 70, bd de l’Océan & Place Meller

La route descendant de la batterie de l’Éden vers la plage est prise en enfilade par un canon en casemate bétonnée (à proximité de la plage (parking à bateaux du club de voile) axée à l’est-quart-sud-est. Ce bunker R 667 D’après Marc Mentel. pour canon antichars de 75, camouflé en fausse villa, a été démoli.

À proximité, sont enterrés deux abris à personnel flanqués de tobrouks armés de mitrailleuses : un blockhaus, type 622, au 70, boulevard de l’Océan, et un modèle R 608, place Meller qui sera utilisé après la guerre par les P.T.T. pour relier le Cap-Ferret par câble sous-marin ; un tobrouk, sur le terrain communal, à proximité du mini-golf devenu propriété Vuitton, a été recouvert de terre et gazon.

 Ar 44 – Le Pilat, avenue des Vanneaux & des Hirondelles

Au Pilat, au sud de l’îlot Rothschild, une batterie de défense est armée de deux canons de 77 en casemates bétonnées axées à l’ouest-quart-nord-ouest, donc vers le Cap-Ferret, et sud-ouest. Chaque casemate est flanquée d’une soute à munitions à laquelle est accroché un tobrouk armé d’une mitrailleuse.

Un peu à l’intérieur des terres, un canon de moyen calibre en casemate axée au sud-sud-ouest peut tenir sous son feu la route littorale courant vers le sud. La villa de la famille Martinerie (8 av. des Fauvettes en 1939), située dans l’axe de tir, est détruite par les Allemands.

Quelques tobrouks et niches pour mitrailleuse complètent la défense.

Après la guerre, la commission spéciale de classement propose de conserver des ouvrages côtiers établis par les troupes allemandes dans le lotissement des Hirondelles, et qu’il n’y aurait d’autre servitude que celle de la préservation des ouvrages établis en dur.

Le 20 mai 1947, le représentant de M. James et Philippe de Rothschild remet neuf photographies et un plan à M. le Capitaine de Vaisseau, Commandant la Marine à Rochefort afin de lui permettre de se rendre compte de la situation faite au lotissement par ces ouvrages. Dans son courrier, il décrit :

Un blockhaus A1 au nord du lotissement des Hirondelles avec pièce d’artillerie (au 9, avenue des Hirondelles).

Un blockhaus A2 au sud du lotissement des Hirondelles avec pièce d’artillerie (8, avenue des Vanneaux)

Ces deux blockhaus souterrains se caractérisent par une tranchée d’accès très profonde.

Le lotissement ne peut être utilisable avec les tranchées, aussi la solution adoptée pour respecter la conservation de l’ouvrage consiste à murer l’entrée du blockhaus au fond de la tranchée et à combler la tranchée avec du sable.

M. Blanchet, propriétaire du blockhaus (qui est en dehors du lotissement) compte s’en servir comme garage à bateaux.

La solution pour le blockhaus n° 2 serait analogue.

Le 28 mars 1961, Mme veuve Maurice Blanchet (38 av. d’Iéna, Paris), ne pouvant plus faire face aux dépenses d’entretien, souhaite morceler, en 5 lots, sa propriété (précédemment à la famille Carcassonne Dont Jacques Carcassonne, président du tribunal de commerce de Paris.) sise avenue des Vanneaux.

Les ouvrages côtiers allemands ont fait l’objet d’une décision du Capitaine de Vaisseau Arzur, commandant l’arrondissement maritime de La Pallice – Rochefort, en date du 13 août 1947 :

Blockhaus A modèle R 611, construit en 1943 ; casemate, avec tobrouk, pour canon de campagne 77, avec soute (les douilles étaient évacuées dans une fosse située sous le local de combat), abris et garage pour canon PAK (PanzerabwehrKanone) avec rampe d’accès cimentée ; son homologue, modèle R 680, est aussi pour canon de 77.

  • Plateforme de tir B pour pièce de 47, avec parapet : il s’agit d’une simple plateforme bétonnée protégée par un mur. C’est un ouvrage sans aucune valeur qui peut être détruit.
  • Abri à usage de casernement D
  • Cuisine E : il s’agit d’une cuisine souterraine sans aucune valeur comme abri. Le plafond est constitué avec des rondins de pin qui seront vite pourris. Démolition du plafond et comblement de l’excavation.
  • Poste d’observation, dépôt de munitions, poste de projecteurs réflecteurs E.F.I.
  • Petites constructions sans intérêt. Démolir ou combler.
  • Poste de mitrailleurs en triste état, les Domaines vont le démolir pour débarrasser la plage. Ce poste de mitrailleurs se trouvait sur la plage, en avant du bunker R 611 (repère A).

Jacques Carcassonne, président du tribunal de commerce de Paris, achète les terrains situés, en front de mer, entre l’avenue des Hirondelles et Etche Baro.

Il vendra la maison du 6 avenue des Vanneaux à un banquier bordelais ; la transaction est dépréciée par un blockhaus qui gêne la vue. Sa démolition n’est pas envisageable compte tenu des finances qu’il faudrait y engloutir. Cependant, un maçon testerin propose un devis défiant toute concurrence pour le faire disparaître : il creuse des douves et, à force de lances, injecte de l’eau sous l’ouvrage qui s’enfonce alors dans le sable comme un pieu Propos de Jean de Barrau.

 

Une casemate de type R 612 (ou R 680 pour M. Mentel) pour canon de 50, camouflée en villa ; elle sert actuellement de garage pour la villa située sur le même terrain 5 avenue des Vanneaux.

Un dépôt de munition est implanté à proximité de l’avenue des Bécasses. (voir plan Bardin ci-dessous).

Aux n° 4 et 6 avenue de l’avenue des Bécasses, on trouve encore deux tobrouks (repères « C » du plan Bardin).

Villa Bigarena, 5 avenue des Hirondelles, un blockhaus de type R 502 servait de casernement pour 22 soldats. Il n’a pas été démoli Source : Propriétaire..

 

 Ar 45 – Dune de Pilat

Au bout de la route littorale, à l’extrémité nord de la haute Dune du Pilat, se situe le point d’appui léger Ar 45 H 1943 occupé par une section d’infanterie de forteresse (Festa LKX-Xl/1). Cette position est réalisée essentiellement autour d’un poste de direction de tir ou d’observation puissamment bétonné.

La défense immédiate est assurée par un canon antichar à rotule de 75 mm FK 16 nA d’une portée de 12 kilomètres  Le 7,7 cm Feldkanone 16 (7.7 cm FK 16) était une arme utilisée par l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale. Ils ont été reconditionnés en 7.5 cm FK 16 nA (neuer Art = « nouveau modèle »). .

Le canon est abrité dans une casemate type 604, axée au nord-ouest, située sur la première dune au-dessus de la plage ; cette casemate est équipée d’une soute à munitions.

Cet abri sert de cantonnement à douze servants.

Une voie mène à la plateforme de tir pour le canon, d’où l’on peut battre toute la plage Service Documentation LTDB..

Quelques mitrailleuses en tobrouk gardent les accès immédiat de cette position.

Un poste de mesure pour batterie côtière d’armée, type R 637 sert au repérage de bâtiment en mer ; cet observatoire est équipé d’un goniomètre et d’une binoculaire pour déterminer le tir sur but marin des batteries de l’Éden et des Gaillouneys.

Son tobrouk est équipé d’une mitrailleuse Colt Browning modèle 1917 (CKM W 230) plus connue sous la dénomination sMG30(p) Mitrailleuse lourde Browning mod. 1930 ; celle-ci a été fabriquée, non sans mal, par les polonais (problèmes de conversion des cotes américaines en mesure métriques).. Cette arme de 7,92 mm est reconnaissable à sa bouche à feu et à sa crosse pistolet.

Un poste d’observation d’artillerie, type 627, avec embrasure et auvent de toit (créneau blindé), sert de guet.

Un ouvrage de flanquement type 630, abrite une mitrailleuse cuirassée MG, avec placage blindé de type Panzer.

À l’est, l’abri R621 sert au logement de 10 hommes.

En plus du canon de 75, le site dispose de sept mitrailleuses (LMG 34 et Browning) battant la plage et le front terrestre, de deux petits canons de 25 ou de 50 mm placés sur plateformes en arrière de l’abri R621, et d’une mitrailleuse cuirassée sous casemate.

Au total, trente-huit combattants (troupe de veille ou de permanence) peuvent utiliser les couchettes existantes dans les différents abris en dur ; les autres sont éparpillés dans des abris légers en briquettes, proches du site ou bien dorment chez l’habitant dans des villas réquisitionnées. En tout, la position devait réunir une cinquantaine d’Allemands dont un officier et quatre sous-officiers.

Lors de l’hiver 1953, quatre blockhaus « glissent » vers la plage, du fait de l’érosion – Pyla-sur-Mer, Jacques Clémens, 2006..

Suite à l’envahissement dunaire des maisons par le sable, une association de riverains se crée.

Tout d’abord, on opère le déblaiement par camions.

M. Tari, adjoint spécial du Pyla, fait appel à un géologue de Bordeaux qui conclut que l’ensablement résulte d’un « effet de sifflement » (venturi) dû à la présence des blockhaus restant juchés sur la dune et qui ont provoqué la formation d’une cadoueyre Cuvette issue de l’érosion éolienne, phase suivante de la création d’une déflation..

Il est alors décidé de détruire deux blockhaus, d’araser la tête de la dune, d’installer des barrières de Gironde et épandre des branchages.

Le 28 juin 1993, la commune de La-Teste fait exploser deux blockhaus Information donnée par le Colonel Tari en 2016. qui servent alors de « lieux d’hébergement » (peu recommandés dans les guides touristiques), pour éviter l’ensablement des habitations situées en contrebas Sud-Ouest du 28 juin 1993..

Un stockage de branchages (principalement ceux résultant des effets des tempêtes) est constitué dans l’ancien accès à la dune.

On voit alors la forêt pousser, ce qui permet de dissoudre l’association de riverains.

 Ar 46 & 46a – Les Anguillons (Sabloney), station radar

L’école de D.C.A. – P.C. à Dax -, répartie en plusieurs batteries s’échelonnant sur la côte, entre Arcachon et Biarritz, doit être ajoutée aux formations de combat.

Étant donné le climat agréable et la tranquillité relative de la situation à l’écart des principaux théâtres de la guerre, les Allemands placent une unité de formation radar et un projecteur de lumière pour les nouvelles recrues sur la Dune du Pilat, à hauteur du lieu-dit des Anguillons Prenant son amorce sur la route de Biscarosse, juste après le camping du Petit-Nice, un reste de piste en ciment, le « chemin des contrebandiers », mène au site des Anguillons. Le toponyme « Petit Nice » serait apparu vers 1950. ; la position est codée Ar 46 Dune de Pilat Süd Funkmeßstellung (position de mesure radio).

La Kriegsmarine – qui n’a là qu’un rôle d’observateur, installe un radar Freya FuMG 80 Sa silhouette caractéristique est dominée par une grande antenne Tannebaum de 6,2 x 7,4 rn, composée de deux réseaux de dipôles sur un panneau commun orientable sur 360° autour de son axe vertical. L’antenne est fixée sur une base compacte qui contient tous les équipements et les organes de commande. Le Freya utilise une longueur d’onde de 1,2 m. Ceci augmente de façon importante la résolution du Freya, ainsi que son pouvoir de détection. Sa portée de détection s’étend de 80 à 120 km pour les avions. un radar Wüzburg Riese FuSE 65 Source SHM 1947. Marc Mentel cite un Würzburg SeeRiese FuMO 214 dans Mag394 d’août 2006. et un Würzburg 39 (t) Le Würzburg 39 T (type D) d’une portée de 40 km est destiné uniquement à la commande de tirs des batteries de Flak (Flugmeldegeräte = Dispositifs de signalisation de vol). « Fu » signifie funkness (radar), S = Siemens, E = la fonction Erkennung / reconnaissance, 80 est le n° en cours d’exécution. En 1943, vu leur multiplication, la Kriegsmarine les a simplement nommé FuMO, et la Luftwaffe, FuMG = Funkness Meß Gerät / radar anti-aérien ciblant. Les Bundesarchiv/Militärarchiv Freiburg im Breisgau [BAMA] (D), consultées au Service Historique de la Défense (SHD) de Rochefort, indiquent également, au nord-est de ce Stützpunkt, la présence d’un radar FuMB 27. de recherche D.C.A., servant au tir des pièces de canon anti-aérien Le Quaternaire littoral girondin, Jean-Luc Guadelli, 1996.. Ces radars sont alimentés par des groupes électrogènes situés à proximité.

Les servants mangent beaucoup de carottes crues pour favoriser la vision nocturne (les anglais prenaient de la confiture de myrtilles !).

Au milieu, un projecteur, en cuve bâtie sur abri bétonné, permet l’éclairage de nuit, probablement au bénéfice de la batterie voisine des Gaillouneys.

La grande majorité de ces blockhaus est différente de ce que l’on rencontrera aux Gaillouneys.

En front de mer, une casemate 506d/18 pour canon antichar 4,7cm Skoda(t) et mitrailleuse Vz 37, casemate comme il n’en existe que sept en France, dont quatre en Gironde : Soulac, Cap-Ferret, Gujan-Mestras et ici. Le canon du Sabloney a été ferraillé après la guerre L’artillerie sous-marine de Herr Fritz Todt, Sud-Ouest du 9 août 2013..

Toujours en front de mer, un abri L411/20 pour projecteur de 60cm, deux pièces hippomobiles de 7,5cm FK 235(b) placées sur plaques octogonales en béton et pouvant être abritées dans les bunker 604/9 & 17 situés à proximité, un ringstand de conception locale à ouverture octogonale pour mortier de 5 cm, le Gr. W36, et un autre ringstand de campagne pour mitrailleuse lourde de 7,92 mm sMG 34.

 

En retrait des deux bunkers pour canon se trouvent un deuxième abri 501 pour la troupe et un abri-puits 646/07.

En arrière, un abri pour un groupe de combat 501/11 et un abri-sanitaires « Sanitätsunterstand » Vf 57a/23 permettant d’abriter temporairement les blessés en premier secours.

Près de 1000 prisonniers y ont travaillé durant sa période de construction. Selon des témoignages d’époque le site n’était pas terminé au moment du débarquement du 6 juin 1944.

L’érosion a déplacé l’estran et la ligne de bunkers construite sur la crête des dunes, après être passée par la plage, se trouve maintenant sous l’eau. Sur la carte postale on aperçoit les deux « tobrouk » en haut du dévers de la dune ; ils sont aujourd’hui sur la plage et les bunkers sont immergés ; l’association GRAMASA en a dressé une carte sous-marine.

 Ar 47 – Batterie des Gaillouneys

À quelques centaines de mètres au sud des Anguillons, cette deuxième batterie de côte du I./H.K.A.R.1287est un des maillons essentiels du dispositif de défense du port d’Arcachon, contrôlant la passe sud d’entrée au bassin ; elle s’étend sur plus de 10 hectares.

Construite durant les deux dernières années de l’occupation allemande, la position côtière Ar 47, usuellement appelée « Les Gaillouneys » (du nom de la maison forestière située à proximité), compte une vingtaine de blockhaus ainsi qu’une multitude d’éléments bétonnés en tout genre.

Dominant la plage, derrière une triple ligne d’obstacles (pieux et chevaux de frise), dominée par un puissant poste de direction de tir en béton, la batterie aligne six casemates R 669 armées de canons de 152 mm K 433 (r) Les Soviétiques produisent, en 1937, le « Gaubitsa-Pushka obr. 1937g 152 mm  » (Canon-Obusier Modèle 1937), monté sur le châssis de leur vieux canon de 122 mm. Les canons capturés par les Allemands furent réutilisés sous la désignation : « 15,2 cm K 433/l(r) ». trois des casemates étant axées au nord-ouest, les trois autres à l’ouest. Les canons peuvent être extraits des casemates et installés sur les anciennes plateformes pour tirer tout azimut.

Le poste de commandement et de direction de tir 636/29 possède une annexe attenante pour une citerne à eau.

En arrière de cette ligne de front, cinq abris pour un ou deux groupes de combat (502/23 avec annexe pour citerne à eau ; 622/16 avec puits intérieur ; 622/18 & 20 avec annexe pour citerne à eau 621/24, deux soutes à munitions 607, un abri L411/26 pour projecteur de 150 cm avec garage et un abri-puits Article de Marc Mentel dans Mag39-45 d’août 2006. ; l’abri-puits 646/25 est pourvu d’un réservoir à pression de 7 m3 ; il prélève l’eau potable à plus de 100 mètres sous la dune. L’abri-machine M283/39 renferme un groupe électrogène. Cinq tobrouk Vf 58c ceinturent le site.

La batterie est gardée sur ses flancs par deux canons de 77 en casemates : celle du flanc nord étant axée au nord, celle du flanc sud étant axée à l’ouest-sud-ouest, toutes deux pouvant prendre la plage sous leurs feux.

Deux canons légers de dca, de nombreuses mitrailleuses en tobrouk, assurent la défense rapprochée de la batterie du côté de la terre Service documentation LTDB..

De part et d’autre de la batterie, on trouve deux projecteurs qui permettent l’éclairage de nuit. De nombreux abris en béton sont enterrés sur l’arrière des casemates pour servir de logements au personnel ou de soute à munitions.

Le 24 septembre 1942, Pierre Blanchery, garde forestier aux Gaillouneys certifie que la propriété de M. Albert Debray, d’environ 25 hectares, située au Fort de la Roquette, est occupée par les Allemands depuis plusieurs mois et que l’accès est formellement interdit même au propriétaire.

Motivés par la défense côtière, d’importants travaux y ont été effectués par les occupants après l’abattage d’un assez grand nombre de pins.

En 1944, le blockhaus 612, avec flanquement à droite, destiné à protéger la plage au sud de la batterie est en cours d’achèvement. Son homologue, avec mur de flanquement à gauche, protège l’accès par le nord-est ; cette structure est particulièrement camouflée.

Durant l’été 1944, les hommes du 1287e régiment d’artillerie côtière de la Heer (armée de terre) installés aux Gaillouneys, abandonnent sur place toutes leurs pièces de défense. Ils font sauter la casemate 669/6, la plus au sud, et une soute à munition 607. Ils abandonnent les pièces hippomobiles après les avoir neutralisées ; parmi elles, le canon de campagne de 7,5cm, le FK 18, positionné sur la plateforme à proximité du poste de commandement. Ils font sauter les obus et autres gargousses, ce qui explique ces destructions impressionnantes.

Le recul (150 mètres en soixante ans) et l’affaissement de la dune ont eu raison de la quinzaine de bâtiments qui composent cet ensemble défensif.

Aujourd’hui, quatre bunkers sont encore visibles à marée basse sur la plage mais la plupart sont sous l’eau entre 5 et 25 m de fond. Ces blockhaus sont devenus des récifs artificiels et un habitat presque naturel qui fixe la biodiversité !

Dévalant de la dune, des plaques disloquées témoignent l’existence d’une piste en ciment.

Au-dessus des blockhaus, dans la forêt, un tobrouk veille…

 Ar. 48 – Pointe d’Arcachon

À la Pointe même d’Arcachon, à l’extrémité d’une piste cimentée d’accès vers l’intérieur des terres, est situé un point d’appui réunissant deux canons de 50 antichars en casemates axés respectivement à l’ouest-sud-ouest et au nord-quart-nord-est pour battre la plage, et un canon de moyen calibre en casemate, axé au sud pour battre la dune de son feu.

À proximité de cette casemate, deux plates-formes pour canons laissent supposer un armement peut-être plus important de cette position dont la défense immédiate ne comporte que quelques épaulements pour armes légères Doc AM LTDB..

Les bunkers sont localisés à l’extrémité du garde-feu n° 16, au sud de la plage de la Lagune, à 15 minutes de marche.

Il ne s’agit pas d’une batterie mais d’un point d’appui, c’est pour cela que les canons ne sont pas orientés vers la mer mais en parallèle de la plage de manière à pouvoir défendre la côte, au nord et au sud.

Les trois ouvrages sont édifiés avec leur affût de canon de 50 KwK (encore en place) ; ils équipaient à l’origine le char Panzer III avant d’être utilisés en parallèle sur le mur de l’Atlantique. Ils ont été implantés entre 1942 et 1943, d’abord sur une plate-forme en béton puis en février 1944 dans les bunkers.

Le plus gros des blockhaus se trouve sous la dune. Les deux autres sont visibles sur la plage (en fonction des mouvements de sable) : un 667 avec embrasure pour canon de char 50 mm, et un Sk Doppelschartenstand (bunker Vf à double embrasure pour arme à feu de 50 KwK (Kampf Wagen Kanone = Canon pour véhicule de combat).

Une tourelle FT 17 a été découverte à environ 1 km au nord de la position Ar 48 mais aucun élément bétonné n’a été trouvé permettant d’envisager son support. Après la guerre, elle a échappé au ferraillage systématique car cette zone a été complètement envahie par un cordon dunaire littoral qui a préservé une grande partie des défenses de plage ainsi que la position Ar 48 qui a conservé ses deux canons de 5 cm.

Tout ce secteur s’est brutalement dégagé au milieu des années 70 ; l’année suivante de nouveaux mouvements de sable ont tout recouvert.

La tourelle n’est réapparue qu’en 1997 avec divers éléments de défense (des tétraèdres, des pieux en bois et des éléments Cointets L’élément de barrage Cointet a été initialement conçu pour être utilisé comme barrage antichar routier par le Colonel français (plus tard Général) Léon Edmond de Cointet de Fillain. [porte belge]) : le site a été nettoyé par les services municipaux et la tourelle a fait le bonheur d’un ferrailleur.

L’histoire ne s’arrête pas là : en juillet 2004, les MNS du poste de secours de La Lagune découvrent sur la plage un gros bloc de ferraille ; il a été stocké à côté du poste de secours en attendant la benne. Le hasard a voulu que ce jour-là je prospectais le secteur et apercevant ce bloc informe je me suis mis à le nettoyer de ses concrétions. C’est ainsi que j’ai fait apparaitre un masque blindé servant de support à une mitrailleuse pour la tourelle de Ft 17 apparue à ce même endroit trente ans plus tôt Signé PJ, probablement Philippe Jacques..

 Ar 49 – La Barrique

Entre le Petit Nice et la Lagune, à l’extrémité sud d’une petite colline allongée en éperon, en pleine forêt de part et d’autre de la route de Biscarosse, 3 casemates R667 armés de 3 canons antichars 3.5 cm Kwk, plus un abri réserve d’eau.

Leur mission était de protéger un barrage anti-char sur la piste venant de Biscarosse, une piste traversière courant est-ouest vers l’intérieur des terres Doc AM LTDB. et la piste en ciment qui arrive aujourd’hui à proximité des commerces et sanitaires.

 Ar 50 – Maison forestière de La Salie

À deux kilomètres environ au sud de la pointe d’Arcachon, à l’extrémité du garde-feu n° 5 et au bord de la plage, derrière une ligne de hérissons, deux canons antichars en casemates axées respectivement au nord et au sud-sud-ouest tiennent la plage sous leur feu Doc AM LTDB.

Un relevé fait par l’Armée après les hostilités place les blockhaus au nord-ouest du poste des Douanes Un deuxième relevé note « pour canon antichars 47 »..

D’autres relevés positionnent, au droit de la maison forestière de la Salie (garde-feu n° 13), deux petits ouvrages de flanquement de plage, qui sont aujourd’hui totalement ensablés ; ils étaient équipés de canon antichars de 50 Kwk.

 Ar 51 – Lous Lamanch / Maison forestière du Trencat

Bunker de type R 612 sk, pour canon antichar de 47, avec plateforme à proximité Relevés de l’Armée française après les hostilités..

Au début du troisième millénaire, à flanc de dune, un stock d’obus est mis à jour suite à l’érosion dunaire.

 Mines

Trouver des obus sur les côtes océanes, et notamment à Pyla-sur-Mer, cela n’a rien de surprenant quand on connaît l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et l’occupation de troupes allemandes dans la région.

L’armée allemande avait en effet érigé un chapelet de défense en prévision d’un débarquement.

Dans la lecture des panneaux portant le sigle « Minen », l’inclinaison des lettres est vitale : si celles-ci penchent vers la droite, le panneau protège un véritable champ ; quand elles s’infléchissent vers la gauche, le danger est fictif, le sol vierge.

Les balisages indiquent aussi à ceux qui savent les lire de quel type de mines il s’agit.

Couvrant en partie la ville d’Arcachon, sporadique entre La-Teste et le Pilat, au sud de la haute dune de sable dominant la plage, un champ de mines terrestres – encadrant les points d’appui qui s’échelonnent à nouveau régulièrement vers le sud – recommence à s’élonger d’une façon continue, avec une largeur de quelques centaines de mètres, sur la plage et la lisière de la forêt jusqu’à huit kilomètres au sud de la pointe d’Arcachon, à la limite sud du département de la Gironde Service documentation LTDB..

À Cabaret-des-Pins, sur la route menant au Pyla, on trouve un parc des explosifs et de nombreux pièges ; dans la côte Louis Lignon, de nombreuses mines et un important stock de munitions (obus de 155) ; dans l’entreprise Gaume, des mines françaises sont entreposées Marcel Couderc. ; place Meller ce sont des obus de 47 Marcel Couderc..

Au Pyla, toute l’allée des Merles est minée des deux côtés du boulevard de l’Océan, des mines antichar anglaises Mark IV figurent en nombre, même sur les trottoirs, de la forêt à la plage, de même que dans les jardins des villas les plus proches, sous les dallages en ciment : c’est une ruse des Allemands, car cette rue débouche sur la plage.

À la Corniche, dix tonnes ensablées ont été trouvées après la guerre Marcel Couderc..

Aux Anguillons et Gaillouneys, on trouve des mines antipersonnel et des mines antichar, de la mer à la route ; il existe aussi un dépôt de munitions, des obus de 152, russes, et des obus de 75 et 47 allemands.

Au garde-feu n° 18 & 19, jusqu’à la Lagune, et Cabane neuve, des mines diverses et des obus de 47 pack antichar ; le champ de mines traverse la route et s’étend profondément dans la forêt.

Le minage est continu jusqu’au garde-feu n° 9 où commence la route en ciment.

Il y a aussi sur les plages des mines antidébarquement attachées à des piquets enfoncés dans le sable.

Et puis, bien sûr, il y a des mines en mer, mines sous-marines à la dérive, provenant du barrage de l’entrée du bassin d’Arcachon. Le plus souvent, elles échouent sur la côte océane Doc AM LTDB.

Le 3 février 2002, des obus de marque française, d’une cinquantaine de centimètres de longueur et datant de la Seconde Guerre mondiale sont découverts sur des plages de Pyla-sur-Mer La Croix, 5 février 2002. ; le 12 mai 2003, un obus de 155 mm est désamorcé sur la plage du Pyla Chronique de la mort différée, L’Humanité, samedi 11 octobre 2003..

En juin 2009, un plongeur amateur identifie un obus à demi enfoui, sur le fond sableux ; il avertit rapidement les autorités ; la police sécurise la plage de la rue des Hirondelles. Marc Mentel, le président, justifie la présence du Gramasa par l’aide apportée aux démineurs : Nous mettons à leur disposition tous les documents et les plans que nous possédons sur l’emplacement des batteries. La découverte, rue des Hirondelles, de canons hollandais de 75, est une confirmation
concrète de nos documents.
Une équipe de quatre plongeurs démineurs de la Marine nationale vient de Brest ; ils découvrent 42 obus et y ajoutent des explosifs pour les détruire au milieu du Bassin Les démineurs pistent le Mur de l’Atlantique, Marceau Bonnecaze, Sud-Ouest, juin 2009..

La deuxième vague de projets

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INDEX

Ch.13 Pyla-sur-Mer, ce n’est plus…
comme avant !

Premier tome : La ville sous les pins, origines et développement
Un livre de Raphaël Vialard (publication limitée – commande par souscription)
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La guerre et l’après guerre

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